Histoire d'un aller, et d'un retour...

    • Histoire d'un aller, et d'un retour...

      Les vagues d’une eau bleutée et scintillante venaient mourir sur le sable fin d’une petite crique en avant de la ville de Cerinthe et la mousse voluptueuse qu’elles laissaient derrière elle dessinait quelques fières esquisses qui, sous la coupe d’un semblant d’imagination, narraient les exploits d’un héros des temps jadis, fusse-t-il demi-dieu, fils de Zeus, de Poséidon, d’Arès ou d’un autre contre des bêtes d’antan oubliées de tous. Ils ne pensaient plus désormais qu’à se battre entre eux, tant leur soif de conquêtes, de richesses et de territoires était sans limites.


      La petite chaloupe s’échoua promptement sur le rivage et il sauta par-dessus bord dans une gerbe d’eau. Mouillé jusqu’au genou, son paquetage à l’épaule, il repoussa l’embarcation vers le large sans grande difficulté puis remercia le capitaine d’un geste amical de la main, regardant ce dernier s’éloigner peu à peu afin de regagner son navire avec son équipage. Voici trois semaines déjà qu’ils avaient levé l’ancre de Smyrne et la traversée aurait été bien plus courte s’ils n’avaient pas dû essuyer les colères divines, alors que Zeus et Poséidon s’étaient livré une guerre sans merci, les obligeant à mettre le cap sur l’ile de Scyros, en l’attente de meilleures augures.


      Un frisson lui parcouru l’échine, son égarement dans ses pensées lui avait retardé la prise de conscience de la fraîcheur de l’ondée matinale et il regagna prestement le sable doré qui commençait à cuire au soleil. Portant sa main en visière pour ne pas être ébloui des rayons de l’astre chaud, il chercha du regard le passage qui lui avait été décrit entre les falaises pour rallier la ville lorsque son attention fut attirée par quelque chose qu’il n’avait jusqu’alors pas encore remarqué. Un peu plus loin, une jeune femme se penchait sans cesse dans l’eau, y semblait y ramasser quelque chose qu’elle enfouissait rapidement dans une grande besace de lin qu’elle portait en bandoulière avant de recommencer son curieux manège. S’en approchant, il entrevit dans sa main experte un petit coquillage d’un blanc nacré, luisant des reflets solaires. Le voyant approcher, elle se releva brusquement et referma son sac précipitamment, le gardant plaqué contre elle, comme effrayée.


      « - N’ayez crainte, je ne vous veux aucun mal, lui dit-il avançant doucement,
      se penchant légèrement, les mains vers l’avant en un geste apaisant.
      - Ça n’est pas ce que me dit tout le fatras que vous avez là ! »


      Il se redressa avec étonnement, se pouvait-il qu’elle ait véritablement peur de lui ? Il décida de se défaire de sa sacoche qu’il déposa sur le sable, à laquelle il adjoint le bouclier qu’il portait dans le dos ainsi que son épée. Se tournant à nouveau vers elle, il lui demanda si elle était plus disposée à lui faire confiance et à l’écouter. Elle toisa du regard l’homme qui se tenait devant elle, brun aux cheveux courts, les yeux bleus, la barbe naissante, il ne portait qu’une simple tunique de tissu bleu pastel et des sandales de cuir aux pieds. S’attardant sur ce qu’il venait de laisser à terre, son œil curieux, fut capté par le bouclier. Il ne ressemblait en rien à ce que son expérience, bien que maigre, elle en convenait, lui avait présenté en termes de boucliers. Celui-ci était fait dans un bois sombre et, légèrement creusé sur les flancs, il présentait en son centre un cercle parfait d’une couleur beaucoup plus claire, sur laquelle se profilait le relief d’une gravure qu’elle ne pouvait identifier selon l’angle avec lequel elle regardait l’objet. Celui-ci devait avoir été travaillé de main de maître et semblait n’avoir jamais servi, puisqu’il ne présentait pas la moindre éraflure qu’un coup d’estoc aurait pu lui porter. Ne jugeant finalement pas la menace importante, elle se décrispa peu à peu, en lui demandant ce qu’il lui voulait. Il la renseigna sur ses intentions, il ne cherchait juste qu’à gagner le village, afin d’y acheter un cheval pour prendre la route. Après quelques instants de réflexion où elle continua à le dévisager, lui et son équipement, elle fini par accepter de l’y conduire, puisque de toute manière, elle devait y remonter.


      Elle prit donc les devants, et il lui emboîta le pas en récupérant ses affaires. Remontant vers les falaises, elle passa derrière un énorme bloc de roc qui cachait quelques marches qu’il n’aurait pu voir de là où il se trouvait quelques instants plus tôt. Ces marches ouvraient sur un petit sentier, à même la roche, très abrupt et glissant. Elle volait, sautant devant lui de pierre en pierre sans même paraître gênée de la lourdeur et le volume de son paquetage. En quelques minutes, ils se trouvaient en haut et suivirent le chemin le long de la crête. Au loin, il pouvait apercevoir les quelques panaches de fumée émanant de petites chaumières d’un village fermier paisible, ça n’était certainement pas l’idée qu’il s’était fait de cet endroit, mais bon, si on pouvait l’aider à continuer son périple. A ses côtés, la femme marchait d’un bon pas. Elle devenait de plus en plus ouverte et souhaitait étancher sa curiosité, lui posant énormément de questions, ce qui lui décrocha un sourire amusé, elle ne lui laissait pas même le temps de répondre qu’elle embrayait déjà sur une autre interrogation. Mais l’une d’elle le fit réfléchir, à partir de cet instant, il lui accordait poliment l’oreille, lui refusant l’esprit, il se perdait peu à peu dans les méandres tumultueuses de son esprit.


      « Que faisait-il là ? »


      Quelques instants plus tard, il était à nouveau sur la route, en hauteur d’une colline, où il pouvait voir de part et d’autre les étendues bleues dans lesquelles le soleil miroitait paisiblement qui entouraient l’île sur laquelle il se trouvait, Eubée. Il avait acheté à l’oncle de la jeune femme une monture, plus très fraîche, certes, mais obtenue pour quelques piécettes, avec en supplément une part du gâteau que la demoiselle avait fait la veille. Il repensa alors à cette question, pourtant anodine, mais terriblement complexe qu’elle lui avait posé un peu plus tôt.


      « Que faisait-il là ? »


      C’est vrai, il était parti il y a si longtemps, il n’avait plus donné de nouvelles. Qu’étaient devenus les gens qu’il avait côtoyés alors ? Étaient-ils toujours là ? Le reconnaitraient-ils ? L’avaient-ils oublié ? D’ailleurs, se souvenait-il lui-même de tous ceux qu’il avait rencontré ? Il n’en était pas sûr. Cependant, il ne pouvait pas trouver de réponse à une seule de ces questions, il verrait bien, sur place, lorsqu’il arrivera.


      En quatre jours il traversa l’île entière et se retrouva à Chalcis, où il s’arrêta pour la nuit, avant de traverser le lendemain matin, aux fraîcheurs de l’aurore, pour rejoindre Aulis. De là il mit le cap sur Thèbes, sa ville natale, qu’il atteint la journée suivante. Cette direction lui faisait faire un détour, mais il avait envie de retourner là où avait commencé son périple, c’est de là dont il était parti il y a de ça au moins trois longues années, si ce n’est plus, et c’est là qu’il mit fin à cette longue aventure. Cette ville avait connu son départ, et son arrivée.


      Il n’avait pas de famille à visiter ici, ses parents, ainsi l’ensemble de ses frères et de ses sœurs étaient partis pour la ville d’Argos, il y a une dizaine d’année.


      A Thèbes il changea de monture et mis le cap sur Athènes, il lui faudrait bien trois bon jours de route pour rallier la cité.

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      Merci THE_wolf :)
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      Son périple lui avait fait connaître bien des embûches, des situations périlleuses, mais également de belles rencontres. Il avait pu lors de ces trois années s’instruire, étudier, étancher sa soif de savoir qu’il avait jusque là contenue à bien des égards. Il avait fait le tour de la mer Égée, gravi le Mont Olympe, visité la ville de Troie et ses remparts, poussé une pointe en Perse, visité la plus imposante des cités grecques d’Asie Mineure, Éphèse, il s’était retrouvé en Egypte à étudier l’anatomie et les plantes auprès des Ptolémées. Sur un rapide retour en Grèce, il s’était rendu à Sparte, assister à l’entraînement de ses redoutables guerriers, mais également à Delphes, où la Pythie lui avait prédit son retour, il se souvient même lui avoir ris au nez ce jour là. Puis il était reparti en Asie Mineure où il avait eu vent de nombreuses manifestations divines au travers de bêtes comme des minotaures ou des hydres. Il en avait d’ailleurs affronté une, d’hydre, à trois têtes, avec un compère qu’il s’était fait pendant son voyage, malheureusement, ce dernier était mort lors de l’affrontement : il avait été surprit par une fausse manœuvre de la créature, faisant mine de l’attaquer par la droite et dont la tête centrale lui détacha le tronc des jambes par la gauche.


      Il revenait empli de richesses, aussi bien sonnantes et trébuchantes que peuvent l’être l’or, brillantes et précieuses que peuvent l’être les gemmes, rubis, saphirs, émeraudes et autres pierres précieuses, et passionnantes et clairvoyantes que peuvent l’être ses connaissances nouvelles sur l’anatomie et les drogues végétales. Il était sans nul doute un homme nouveau, il avait bien changé, mûrit, il s’était assagit, il ne fonçait plus la tête baissée comme il le faisait auparavant. « Battons-nous d’abords, on réfléchira ensuite »
      était son ancien crédo, plein de fougue et de jeunesse qu’il était autrefois. Non pas qu’il fut désormais vieux, il pouvait toujours tenir en respect quiconque irait lui chercher quelques ennuis, mais il était plus posé. C’est d’ailleurs pourquoi il avait changé de nom, enfin, de surnom plutôt, car le nom est l’honneur du guerrier, et il tenait bien à recouvrir de louanges le nom dont lui avait fait cadeau ses parents, mais un surnom marque les esprits, et le sien aller en marquer plus d’un. Il l’avait formé des six initiales des choses les plus importantes qui lui soient arrivées, et il trouvait qu’il sonnait juste.


      Alors qu’il arrivait au terme de son trajet, il s’arrêta en haut de ce qui s’apparentait à une petite colline et mis pied à terre. S’éloignant de quelques pas de sa monture, la laissant paître à sa guise, il s’approcha du bord. Il eut le souffle coupé. Elle s’étendait là, en contrebas. Puissante, grandiose et magnifique. Vibrante et vrombissante. Comme vivante. Sous la chaleur certaine d’un soleil à son zénith, elle se jetait au loin dans la mer. En son centre, dressé fièrement, le Parthénon rendait hommage à la déesse protectrice de la cité. Athènes.


      Alors qu’il descendait le chemin creusé à même la roche, la bride de son cheval à la main, son cœur commença à battre la chamade, il était enfin rentré, chez lui.


      A l’entrée de la ville, il fut prit dans le flot perpétuel des passants, marchands et autres, le monde se bousculait pour entrer et sortir. Un peu devant lui, il vit un gamin courir entre les rangs en remontant vers lui, un paquet de feuilles à son bras. Il ne semblait pas pourchassé par quiconque, et s’arrêtait même de temps à autres pour donner une feuille à quelqu’un. Arrivé à sa hauteur, il lui lança :


      «Bonjour Monseigneur ! Etes-vous intéressé par la Gazette ? Une pièce l’exemplaire ! »


      La Gazette, cela se pouvait-il ? Existait-elle encore ? Sortant sa bourse de sa sacoche, il envoya au gamin une pièce et celui-ci lui tendit un exemplaire.


      « Bonne journée Monseigneur ! »


      Mais il ne l’écoutait déjà plus, le regard de l’homme s’était tourné vers la feuille de papier qu’il tenait entre les mains, depuis tout ce temps ! Une émotion indescriptible lui serra l’estomac. Après tout, il en était le fondateur.













      Pensée amicale à ceux qui m’ont aidé à mettre en place un tel projet à savoir entre autres (ceux que j’ai oublié me pardonneront, je l’espère) :
      • Ilindra, pour m’avoir soutenu dans la démarche, alors que le projet n’avait pas encore produit sa première édition.
      • Gaia, pour avoir cru en ce projet et pour nous avoir donné les moyens de le réaliser.
      • Guronzan, pour tout l’aspect technique, on t’aura beaucoup embêté avec nos soucis.
      • Matthew_Bellamy, pour l’aide apportée dès que le besoin s’en ressentait.
      • Llyka, pour nous avoir permis l’utilisation de beaux mots.
      • Laenan, ma Lae, on se connait depuis un moment déjà, et à chaque fois, c’est un réel plaisir (et quelle implication !)
      • Amandil, la modératrice en formation que tu étais à l’époque nous aura offert bien des idées
      • Endymion, pour m’avoir tout de suite épaulé dans l’organisation d’une telle folie.
      • Caelius, pour tes dessins innovants
      • K@no, sans toi, la Gazette n’aurait sans doute jamais eu de véritable signature visuelle
      Et aux autres : Kanzenon, Leza, Wolfus, Anaxagore, Elista, Gordibach, Toarzo, Caelius, Mephiroth, Tex, Alixiia (buveuse de schwepps), Kanze…


      J’adresse également une chaleureuse pensée à ceux qui ont fait perdurer le projet, merci à vous, je suis heureux de voir que malgré les hauts et les bas elle est toujours en vie.

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