divagations

    • divagations

      Divagations partie 1

      Charon vient de me transporter sur sa barque, voilà le Styx traversé. On sait ce qu'on perd, mais jamais ce qu'on gagne. Le réveil, ce cruel passeur vient de retentir. J'ai un vague souvenir de mon rêve, quelques bribes qui s'entremêlent et s'entrechoquent sans logique. Les effluves d'alcools heurtent avec violence mon odorat, la soirée à été longue, la nuit encore plus. Une chape de plomb alourdit mon esprit, l'enserrant dans un étau incorporel que seule la patience pourra desserrer. Tous mes lendemains sont difficiles, celui-là encore plus : la faute au whisky ingéré hier soir, ce nectar perfide et corrompu qui remplit provisoirement mon vide intérieur. Je fais face à un choix crucial, un dilemme terrifiant. Il me faut choisir entre poser le pied par terre et subir le marteau piqueur fouaillant ma tête à chaque impact de pas, cet instant précis où ma voute plantaire entre en contact avec le sol froid ; ou rester en compagnie de ma couette si possessive et subir les relents d'alcool et les tourments de mon estomac vide.
      Un autre son me rappelle à l'ordre. La montre qui gueule en canon avec le réveil. Elle est loin, très loin du lit, et surtout ce son est tout bonnement intolérable. Le hasard a choisi pour moi, je vais devoir donner de ma personne et me résoudre à me lever pour désactiver cette saloperie.

      J'essaie de tremper un vieux bout de pain dans mon café, j'en ai renversé un peu partout forcément. J'ai toujours eu la tremblotte pour je ne sais quelle raison. Quand mes amis se moquent de moi j'invoque la nervosité, ces tremblements sont antérieurs à ma condition d'ivrogne notoire, contrairement à ce que supposent ces médisantes personnes qui s'inquiètent pour moi et me gênent constamment avec leurs récriminations. Je me demande s'ils s'inquiètent réellement pour moi où s'ils jalousent ma puissante liberté d'agissements. Peu importe, je ne suis pas de ces gens qui tapinent des bouteilles du matin au soir en cachette et déambulent sans but les yeux dans le vague, en état alternatif. Je préfère avoir l'esprit clair lors des mes errances pour pouvoir observer et juger les petites fourmis affairées. Je bois rarement (quoique de plus en plus souvent), mais tout le temps dans l'excès total. Je le sais et c'est le but recherché, pour l'instant une bonne grosse cuite est une catharsis suffisante pour repartir avec un cap ferme (du moins une fois que j'arrive à aligner correctement mes pieds).

      Je hais le matin. Ce moment où l'on se fait un récapitulatif mental des épreuves qui nous attendent, des obligations que l'on se doit de remplir et qui nous rapportent rarement une satisfaction directe. Pisser est une obligation qui apporte autosatisfaction. Se faire à manger, nettoyer le sol .... C'est autre chose que remplir de la paperasse administrative dans un bureau ou visser des boulons dans une usine comme je devrai le faire tout à l'heure. Je me suis toujours demandé comment on pouvait s'abaisser à éprouver de la reconnaissance envers ce genre de boulot pour des grosses boîtes dont le but indécemment apparent est de faire du blé et d'enculer le prolétaire, de détruire toute velléité de liberté plébéienne. Qui sont-ils, ces maîtres de notre volonté qui nous asservissent en nous imposant une activité sans épanouissement personnelle. Il faut être utile, oui il faut être utile, encore et toujours plus.
      Je réfléchis trop dans mon café, il m'apporte plus de questions de réponses et il a du mal à passer. Je crois que je vais vomir. La faute à l'alcool ? Probablement. Enfin pas si sûr.
      Je m'arme de courage, il faut aller au boulot, prendre part à l'activité frénétique.

      Il est 17h, me voilà enfin sorti de la vie dite active, je reviens à la vie, à ma vie qui serait donc passive et non-prioritaire. J'allume ma chaîne, j'y insère le dernier album de C*ldplay, je vais pouvoir m'adonner à ma passion, l'écriture. Pour l'instant je ne consigne que quelques idées que je développerai plus tard. J'ai la tête lourde à cause de la journée de boulot. il y avait beaucoup à faire, et impossible de partir tant qu'il en restait, le patron a refusé. Un jour je serai courageux, j'en ai l'intime conviction. Ce jour là je me dresserai et je tuerai ces imbéciles condescendants à qui je dois ma triste condition. Un jour je m’affranchirai. Et puis.... j'ai besoin de peu de choses. Un bout de papier, un bic cristal , et deux ou trois amis avec qui rompre le pain. Je ne dépends pas de mon I-phone ni de ma connexion internet, ni d'une belle bagnole. Je tremble fiévreusement en pensant à cet instant où je pourrai regarder devant moi avec fierté, où je pourrai lire dans les yeux de mon supérieur par le titre colère, étonnement puis peur alors que mes mains enserreront son cou. Il ne comprendra pas qu'en plus de sa misérable charogne c'est un modèle désuet qui sera enterré. Ce jour là, menottes aux poignets, je proclamerai haut et fort l'existence de l'Homme libre et individualiste, je sortirai du carcan que l'on m'a imposé et je ferai chemin à part. Je pourrai me consacrer entièrement à l'écriture, à l'Idée. Je créerai, je serai démiurge de quelques concepts abstraits. On m'enfermera, on me crachera dessus, mais qu'importe, seul mon individualité comptera. La réalité c'est qu'ils auront tous peur. Je ne finirai pas zombie au regard fuyant, j'ai pitié de ces tristes marionnettes qui ont peur de lever la tête dans la rue, qui se coupent petit à petit de la vie, ces individus déconnectés si connectés. Ils se débattront quand j'essaierai de les ramener à la raison, et pourtant mon devoir sera d'en sauver un maximum, aidé de la puissance de l'Idée. On dira que je suis fou, j'opinerai du chef: fou à lier, voilà ce que je suis et ça me va, d'autant plus qu'on ne lie pas un esprit.
      Le début du JT m'a tiré de mes méditations. Scandales politiques, djihad, héros de nos campagnes, voilà notre pain quotidien. Je ne ressasse pas ce soir. Je regarde le flot d' images comme si cela ne me concernait pas, les nouvelles glissent sur moi. A ce moment là le saut était déjà réalisé je crois, j'étais sorti de la ronde. La graine de l'idée instillée en moi a germé avec ou sans ma volonté. Je me demande depuis combien de temps je couvais la folie, si c'était plutôt une tare de naissance ou l'apanage des grands hommes qui ont jalonné l'histoire.

      Ce soir le sommeil a mis du temps à venir. Le printemps vient.

      Merci à kassydy pour le Kit :P

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    • Divagations partie 2

      Peu de tremblements ce matin. J'ai avalé deux tartines et un croissant à toute allure. Je réserve en général les croissants aux occasions particulières, et aujourd'hui est indéniablement un jour particulier, un grand jour pour moi et surtout pour l'humanité. Je jette dubitativement un coup d’œil au couteau à beurre. Se peut-il que la solution à mes maux soit si simple ? Que cette histoire se dénoue comme se sont dénouées des milliers d'autres, de manière analogue. A ce moment-là j'hésite à vrai dire. Je trouve que cette fin "manu militari" est trop simple. Ma colère enfle quand je pense aux humiliations à répétition que j'ai subies au cours des dernières années. J'ai envie d'écraser ma future victime, de la réduire intellectuellement à l'état de néant sous le poids de ses crimes. Je ne sais pas si je serai un justicier qui agira rapidement, proprement, sans fioritures, en faisant abstraction de tout sentiment ou si dans le feu de l'action mes tourments refoulés prendront le dessus sur ma raison vacillante. Je n'ai pas peur d'échouer, je sais que c'est elle ou moi, si je n’abrège pas fin à sa vie de cloporte je ne me pardonnerai jamais ma couardise. Je préfèrerai assurément mettre fin à mes jours que subir cette ultime humiliation, le dilemme est donc simple selon ma propre logique. Malgré cela j'ai peur d'échouer. Les enjeux sont si importants, il faut que j'éveille la conscience de l'humanité, que je devienne un martyr moderne, que mon acte ait des répercussions partout où la nouvelle d'une nouvelle ère se propagera. Il faudra attirer l'attention. Trouver un moyen pour faire jaser les médias. Mon acte sera vain s'il passe inaperçu. Il va falloir trouver un juste milieu pour ne pas passer pour fou bien que la folie soit présente en moi depuis longtemps. Cette vieille amie devra se taire, se faire oublier quelques temps : comment accorder du crédit à un aliéné, si logique soit-il ?.
      Il est trop tard pour réfléchir et se perdre en conjectures. Je n'ai pas prévu de plan, de toute façon ce genre de chose ne s'improvise pas, et puis j’ai un peu de mal à appréhender la portée de ce que je vais faire bien que j’eus souvent songé au moment fatidique. Il faudra aviser sur le feu, réfléchir, analyser et frapper en vitesse. Je n'aurai pas plus de pitié que le médecin qui ampute un membre mort, je vais débarrasser la planète d'un nuisant. Ces folles pensées tourbillonnent en moi de plus en plus rapidement. Je décide d'aller marcher en ville pour me calmer.

      Mes déambulations m'ont mené devant la rue de Maria. Je me demande si je ne l'ai pas fait exprès inconsciemment. Maria est une vieille amie, une des personnes les plus proches de moi en ce bas-monde : nous nous côtoyons depuis la tendre enfance. C'est une nana très intelligente, mais malheureuse, elle a choisi de se bercer d'illusions en se mentant à soi-même. Souvent quand je pense à ses problèmes je me dis que son réel problème c'est d'être suffisamment intelligente pour se rendre compte de ses problèmes, mais pas assez forte pour agir en conséquence. J'essaie de l'aider au mieux en agissant sur quelques fils invisibles d'elle. L’astuce c'est de faire en sorte qu'elle se pose les bonnes questions et de la faire parvenir à ma conclusion par son propre cheminement intellectuel. Ce n'est peut-être pas très poli comme méthode, j'ai le sentiment d'influer sur sa vie volontairement et parfois même de la mener dans le sens où j'ai décidé qu'elle aille en agissant de la sorte, comme un pantin dont je serais le marionnettiste. J'ai depuis longtemps constaté que pour que quelqu'un agisse comme on l'espère, il faut lui souffler l'idée et lui faire croire que cette idée provient de lui ou elle. Alors cette insinuation prend lentement forme dans l'esprit du sujet comme une idée "subliminale" et parfois il arrive que ce qui a été insufflé se réalise. J'éprouve beaucoup de honte à utiliser cette technique mais je n'arrive pas à m'en empêcher. Comme une personne supérieurement intelligente qui profiterait de cet avantage sur les autres. Je suis un être vil, et pourtant j'essaie d'utiliser ma relative "supériorité" à bon escient, en bon partisan du fameux adage "la fin justifie les moyens".

      J'ai sonné chez elle. Je ne crois pas au hasard : si je suis là il y a sûrement une raison. J'entends des pas dans sa maison. Je regrette déjà mon geste. C'était une erreur, mais il est trop tard pour faire demi-tour. C'est sans doute ça le fameux "appel au secours". Je suis venu chercher quelque chose ici. Mon salut, son tacite assentiment, ou un dernier moment de plaisir léger.
      La porte s'ouvre sur la silhouette d'une jeune femme ravissante, tout sourire.
      "-Te voilà enfin toi, ça fait longtemps que tu n'as pas donné de nouvelles.
      -J'avais quelques trucs à faire
      -Oui oui comme d'habitude... Tu mens si mal, tu ressassais devant je ne sais pas quel bouquin". elle lâcha dans un sourire tout en fossettes.
      Maria, elle a cette fâcheuse habitude de deviner quand je mens. C'est très dérangeant au début, mais du coup ça force à dire la vérité.
      -Bon d'accord j'avoue, pas mal de taffe en ce moment.
      -Tu mens encore une fois.
      Cette satanée sorcière. Je sais pas comment elle fait. Je m'escrime à prendre une mine impassible pour le reste de la conversation. Nous discutons de tout et de rien. Avec cette fille je peux passer du coq à l'âne et surtout garder mes secrets. Elle est curieuse sans être intrusive, c'est ce que j'ai toujours apprécié chez elle, elle se rend compte de ce dont je ne veux pas parler et elle n'insiste pas, une qualité si rare. Vint quand même la question redoutée que les convenances l'obligeaient à poser.
      "Tu es étrange en ce moment, enfin plus que d'habitude je veux dire. Tu es sûr que ça va ?"
      C'est la question qui fait mal. Je garde le silence quelques secondes. J'ai tant envie de lui parler de mon insensé projet, mais elle ne comprendrait pas, elle se détournerait de moi, elle serait furieuse contre moi, et à juste titre. Je refuse de l'entrainer dans ma vie de paria. Elle est belle, je ne la salirai pas dans la fange de mes idées, j'ai tant besoin de son innocente candeur. Ce constat me heurte sur le coup comme un bélier, elle est à mes yeux l’incarnation de la beauté, comme la première neige de la saison que l’on n’ose pas piétiner de peur de la souiller. C’est mon idéal, et le propre d’un idéal c’est son caractère inatteignable. Je rive mes yeux dans les siens, je me gorge de son image, j’en emplis ma misérable cervelle hérétique, je sais que c’est la dernière fois que je la contemple. Lorsque ma sinistre besogne sera effectuée, je deviendrai définitivement infâme, marqué à jamais. Je ne peux pas prendre le risque de la contaminer de mon infamie, cette seconde peau qui m’accompagnera en tout lieu.
      "Ne t'inquiète pas ça va bien".
      C'était la troisième fois que je lui mentais aujourd'hui. Et quelque chose me disait que cet ultime mensonge j'allais le regretter longtemps. Je suis sorti comme un condamné à l’échafaud qui s'avance vers la potence.

      Merci à kassydy pour le Kit :P

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    • Texte indépendant des 2 du dessus. Une idée qui m'est venue que je voulais pas voir sombrer dans l'oubli. Bonne lecture et n'oubliez pas de faire appel à votre second degré :D

      Débats de bistrot



      La scène se déroule dans un pub Spartiate. Trois amis éméchés tiennent une conversation des plus spirituelles. Laissez-moi rendre honneur à leur logorrhée, dont la concupiscence n’est pas à démontrer.

      Nikos 1 : Et alors, ta dernière conquête ?

      Nikos 2 : Athènes. C’était kek’chose. J’ai cru que j’allais jamais réussir à passer, le siège a duré si longtemps…. La muraille était impénétrable. Je comprends pourquoi de nombreux guerriers s’y sont pété le râtelier.

      Nikos 3 : Quoi !!!?? T’as réussi à la prendre ???!! Par Bacchus j’aimerais bien qu’tu m’dises comment qu’t’as fait.

      Nikos 2 : J’vais vous dire !! Tout est dans’bélier. Si t’as un bélier mal monté tu t’écrases dans l’mur, sinon tu rentres dedans comme un verre de raki dans mon gosier.

      Nikos 1 : Ahah la bonne blague. Je vais percer ta muraille en toute amitié avec mon mortier, on va voir ce que vaut ton bélier à côté.

      Nikos 3 : Moi j’dis que c’est parce que t’avais du blé et du bon or dans tes cales !! T’y as fait croire que tu v’nais te faire délester de ton oseille et Athènes, dupe, elle a sombré dans les délices de Capoue.

      Nikos 2 : Z’allez arrêter de dire des conneries. J’y ai fait le pied de grue devant l’mur bon Zeus. Les portes voulaient pas s’ouvrir. Mais j’y ai tenu ce langage :
      « Bonjour noble Athènes, que tu es innocente, que tes tréfonds me semblent prometteurs, sans rire si ton relief se rapporte à ta beauté, tu es le con d’or des opportunistes de ces lieux ».
      Et là, et bah la porte elle s’est ouverte en grand et j’ai pu faire rentrer mon os-t.

      Nikos 1 : Pfouuaaaaaaah. Nom de Zeus t’es mon seigneur. Et du coup, les ressources étaient aussi tape à l’œil de d’dans que de dehors ?

      Nikos 2 : J’me suis fait recouvrir par ses obus!! Un bombardier du feu de zeus. Et pis Athènes elle est joueuse en plus la gourgandine. Elle y aime. « Active ta forge, active ta forge!!! » qu’elle m’a dit. C’tait si gentiment demandé, j’ai envoyé la vapeur. Je l’ai perforée avec toute mon armée, elle a eu la totale de mes attributs. J’ai commencé doucement avec les lanciers pour faire monter la pression, pis après j’ai envoyé les phalanges pour faire le ménage et ensuite l’artillerie lourde : les géants à vapeurs, histoire de nettoyer de fond en comble quoi. J’pense pouvoir me venter de pas avoir oublié la moindre aspérité Athénienne.
      Final’ment, la bataille a duré un sacré moment, c’était chaud vin dieu. Y’a eu du sang, des larmes et de la sueur et pis après une lutte âpre j’ai envoyé la sauce pour en finir. Une flotte entière, emmenée par un brûlant crachoir à flammes.
      J’l’ai honorée jusqu’au bout. J’ai rien laissé derrière moi. Que des ruines encore en chaleur. Athènes j’t’le l’ai envoyée au septième ciel.

      Nikos 1 : T’es vraiment une crevure. T’aurais dû nous prévenir. On serait passé dessus à trois.

      Nikos 2 : Avec ta tête de colosse qui fait fuir tout le monde ? T’as vu la vierge toi. Allez les amis. A la santé des putains d’collines d’Athènes.

      Merci à kassydy pour le Kit :P

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    • J'ai bien aimé les deux premiers... Comme dis Aequitas on a les même soucis dans nos rapports avec l'alcool. ^^
      Mais là le troisième il m'a tué, excellent. x)
      Bref, continue comme ça vieux. :thumbsup:

      Merci à Kassydy

      Fear sucks the senses like a leak, feast upon the emptiness that is increased
      All you need is time, but time recedes behind

      Doomsday Afternoon - Phideaux
    • Lapythie wrote:

      J'ai pas lu les deux premiers (ouais, moi je lis bizarre, normal paraît que je suis bizarre^^).
      Mais le troisième, j'adore !!!!!!


      Ah merci c'est gentil . Si vous avez des remarques à faire n'hésitez pas je suis là pour progresser après tout. C'est amusant je pensais pas du tout que ce texte plairait je voyais venir les remarques genre "encore une blague de mauvais goût" . Comme quoi.
      ça tombe bien j'ai une nouvelle idée brute. La seule inconnue qu'il me manque c'est la forme. J'hésite entre le récit en prose ou le dialogue. Je pense qu'un dialogue serait plus adapté mais je me trouve mauvais dialoguiste.' Fin bref me reste que le temps à trouver pour mettre ça en forme.

      Merci à kassydy pour le Kit :P

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    • Après ce petit interlude je repasse sur le texte initial.

      Divagations partie 3


      L’arrêt de bus le plus proche se trouve dans l’Avenue Alsace Lorraine, je m’y suis engagé avec nonchalance, absorbé par la conversation que j’ai entretenue avec Maria, qui m’a gratifiée de son dernier déboire sentimentale. Je savais qu’elle allait droit au mur, mais cette fois je ne l’ai pas prévenue, considérant qu’elle retiendrait peut-être mieux la leçon si je ne lui mâchais pas. Elle est tombée amoureuse d’un bel homme, donc intrinsèquement méchant, il n’y a rien à dire de plus, ce n’est ni la première ni la dernière fois. Elle fait partie de ces représentantes de la gente féminine qui voient des psychopathes potentiels partout qui ne demandent qu’à leur bondir dessus sans voir que derrière le fâcheux se trouve un homme maladroit, tandis qu’un bel homme ne saurait être que sain d’esprit (un corps sain signe d’esprit sain…CQFD). J’entre dans le bus, direction la maison, j’ai acheté un bouquin dont j’ai hâte d’explorer les tréfonds en passant devant une librairie. Je dévore tout ce qui se lit quand j’en ai le temps, je suis si impatient que quand un livre que je pressens bon entre en ma possession je me jette à la première page de texte (généralement la 6è) et je ne le lâche qu’une fois terminé, ne m’autorisant qu’à soulager ma vessie. J’aime tellement la lecture que parfois lorsque j’ai fini un bon livre, je me rends compte que dans mon empressement d’arriver au bout j’ai omis de lire le titre. Je préfère ne pas l’entamer dans le chahut ambiant. J’envie ces gens qui arrivent à lire partout sans prêter attention à ce qui les entoure, je n’ai jamais pu me concentrer sur deux choses à la fois de sorte que la moindre pensée parasite me sort du fil de l’histoire, j’ai besoin d’un silence religieux quand je lis.
      Mes pensées si volatiles reviennent à Maria. On s’est connu à l’école primaire où l’on était dans la même classe, lancés à corps perdus dans une ardente compétition pour le fameux rang du premier de la classe. On n’a pas réussi à se départager mais cette saine rivalité a noué quelques liens entre nous, les mathématiques étaient mon domaine réservé, le français était son terrain de jeu. Ces rapports ténus ont fini par se désagréger totalement au collège, où nous n’avons jamais eu de classe en commun, puis on s’est totalement perdu de vue au lycée. Je n’ai plus pensé à elle pendant ces années, elle a disparue de mon existence. Or, par l’entremise d’un coup de patte de lapin, la voilà qui s’assoit à côté de moi le premier jour à la fac alors que nos parcours étaient aux antipodes l’un de l’autre. Elle est passé par la filière littéraire avec pas mal de réussite alors que moi j’ai préféré la branche scientifique. Je pense pouvoir affirmer que mes années lycées étaient les pires de ma vie. A ce moment-là un changement a commencé à s’opérer en moi. Je suis sorti de la seconde sans encombre, et me suis engagé dans les sciences par affinités logique (j’ai toujours eu un esprit plutôt cartésien). Puis il y a eu le Déclic. Je me suis détourné progressivement du matériel pour me tourner vers l’immatériel, je suis devenu bâtard d’esprit, j’ai progressivement perdu le goût des sciences au profit de la littérature. Avant j’étais « un bon lecteur à l’intellect étriqué » : je ne lisais que de la fantaisie, puis mon répertoire s’est élargi grâce à quelques chefs d’œuvre classiques (j’ai une pensée particulière pour Cyrano de Bergerac, mon classique préféré) et une flopée d’idées nouvelles se sont imposées à moi. Je me suis engagé sans un regard en arrière dans l’embrasure de cette nouvelle porte entrouverte, au détriment de mes résultats : j’avais un nouveau monde à explorer. Me voilà devenu passionné. Mes notes ont chuté, j’ai commencé progressivement à m’émanciper du carcan scolaire, je suis un jouisseur compulsif, quand j’aime quelque chose il m’en faut toujours plus, j’use chaque petit plaisir jusqu’à ce qu’il ne m’en procure plus et je passe au suivant plus puissant. C’était du moins l’excuse intérieure que je me suis inventée de toute pièce le jour où je me suis aperçu que mon sac à dos de cours n’a pas été ouvert depuis deux semaines. Puis le bac. La plupart de mes profs pensaient que je le raterai, et c’est ce que je pensais aussi, c’était sans compter sur les quotas qui voulaient une réussite supérieure à 80% et les quelques souvenirs que j’avais en tête.
      Me voilà donc arrivé en droit avec un tout petit bac S et sans conviction (il fallait bien s’occuper), considérant qu’une torture en vaut bien une autre et que le principal c’est de pas dépasser 35 heures hebdomadaires afin de pouvoir continuer à m’ouvrir au monde grâce à mes différentes activités extra-scolaires. Et là voilà que Maria revient du champ d’honneur…Voilà que cette vile engeance de littéraire m’adresse la parole, moi le fier et valeureux scientifique sorti de maintes embuches, qui devrait adresser la parole à cette extravagance de la nature aux idées loufoques. Nous avons immanquablement sympathisé à nouveau comme si les années n’étaient pas passées par là.
      Nous sommes tous les deux tombés dans la léthargie provoquée par la vie estudiantine. Se levant a pas d’heure et se relayant pour prendre les cours quand un de nos réveils respectifs n’a pas sonné (ou pas suffisamment fort). Le jeudi soir est devenu notre centre névralgique, les Panzani sans beurre et sans sel notre carburant. Nous faisions les 35 heures….. à deux…. Parfois.
      C’était une période de joyeuse insouciance ponctuée de longues discussions et de débats plein de fougue, de diatribes enflammées durant laquelle les doutes se résumaient aux partiels, le moment de rendre des comptes. Moment qui s’est profilé trop vite. J’ai validé, par l’opération de je ne sais quel saint à la con, maudit soit-il. Pas elle. Notre entente est salie par ce menu détail. Puis elle se représente devant moi avec un gars sous le bras, et ils regardent des émissions de télé-réalité ensemble. Nous ne sommes plus au diapason, la pensée a déserté ce bastion-là, à moins que je ne sois qu’un imbécile jaloux. Nous avons continué à nous fréquenter avec des hauts et des bas mais sans jamais retrouver l’équilibre de la première année. J’ai perdu un complément essentiel à mon équilibre. Nous n’étions pas ensemble mais elle était un peu comme une bouée qui me maintenait la tête hors de l’eau et pour elle je m’appliquais à être quelqu’un de bien. Quand on s’est de nouveau éloigné j’ai plongé progressivement dans la dépravation.
      Mon arrêt de bus est enfin dans mon champ de vision.

      Merci à kassydy pour le Kit :P

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    • Quitte à ce que ce que je poste soit invisible, autant que je serve à ce que d'autres soient visibles !

      Tu as une plume intéressante, mais tu fais parfois des petites erreurs sur ce que j'appelle : "la recherche de la compréhension du lecteur".
      En clair, toi, en tant qu'écrivain, tu connais les tenants et aboutissants de ce que tu écris, tu sais comment tu pense et quelle est l'idée originelle que tu veut mettre en place. L'individu lamba qui lit ce texte est donc considéré comme "ignorant" (par rapport au texte). Il ne sait rien, et tu doit prendre cela en compte.

      Ce qui implique donc d'abuser avec parcimonie des figures de style, d'inscrire une cohérence de la narration, et surtout, de se servir avec adresse de la ponctuation (cela forme un tout avec la grammaire, l'orthographe et la syntaxe).

      Ce n'est malheureusement pas le cas partout dans ton texte, et cela essouffle un peu la lecture :/

      Ma première remarque, c'est te pointer l'absence cruelle de conjonctions de coordination, systématiquement remplacées par des virgules dans le texte. Si ta volonté est d'installer une lourdeur de lecture, c'est gagné ^^ Mais la fluidité passe par un usage de ces éléments indispensables !

      Une petite liste d'exemple illustrant tes plus grosses "fautes" :

      Tu écrit :

      L’arrêt de bus le plus proche se trouve dans l’Avenue Alsace Lorraine, je m’y suis engagé avec nonchalance, absorbé par la conversation que j’ai entretenue avec Maria, qui m’a gratifiée de son dernier déboire sentimentale.


      Très simple ici, c'est une histoire de points et de virgules, qui gagneraient à être optimisés :

      L’arrêt de bus le plus proche se trouve dans l’Avenue Alsace Lorraine. je m’y suis engagé avec nonchalance, absorbé par la conversation que j’ai entretenue (une petite faute ici d'ailleurs : entretenu) avec Maria, qui m’a gratifiée (une petite autre : gratifié) de son dernier déboire (ici ce n'est pas orthographiquement correct, le mot "déboires", est presque un pluriel constant... mais l'académie française n'a jamais dit que le mettre au singulier était une faute :P Dans le doute je changerais !) sentimentale.


      Une autre :

      J’entre dans le bus, direction la maison, j’ai acheté un bouquin dont j’ai hâte d’explorer les tréfonds en passant devant une librairie. Je dévore tout ce qui se lit quand j’en ai le temps, je suis si impatient que quand un livre que je pressens bon entre en ma possession (oubli d'une petite virgule ici, pour aérer le texte ;) mais la ponctuation est à refaire comme dit plus haut de toute façon !) je me jette à la première page de texte (généralement la 6è) et je ne le lâche qu’une fois terminé, ne m’autorisant qu’à soulager ma vessie. J’aime tellement la lecture que parfois lorsque j’ai fini un bon livre, je me rends compte que dans mon empressement d’arriver au bout j’ai omis de lire le titre. Je préfère ne pas l’entamer dans le chahut ambiant. J’envie ces gens qui arrivent à lire partout sans prêter attention à ce qui les entoure, je n’ai jamais pu me concentrer sur deux choses à la fois de sorte que la moindre pensée parasite me sort du fil de l’histoire, j’ai besoin d’un silence religieux quand je lis.


      J'ai volontairement pris très long, puisque je veut souligner le nombre beaucoup trop important de pronom personnel sujet de la première personne du singulier (c'est long hein :P) ! En bleu-gras dans le texte. En soi, les "je" en milieu de phrase, quand ils ne sont pas redondants, ne dérangent pas. Mais là... y'en a un petit peu beaucoup :/
      L'utilisation habile des "je" et des "j'", en alterné, peu parfois altérer un peu cette sensation de répétition, mais cela se travaille ;).
      La solution qui s'impose ici est l'utilisation d'adverbes (cependant, apparemment, Malgré cela,...) et de conjonctions de coordinations (mais, ou, est, donc, or, ni , car). Si tu t'intéresse vraiment à ce que je t'aide sur ce point, je te ferrais un exemple, mais j'ai à peine le temps d'écrire ce message, là.

      Revenons donc à un aspect du texte : ce que j'appelle la compréhension du lecteur. En gros, le lecteur est ignorant. Oui, ne grognez pas messieurs/mesdames, mais le lecteur lambda qui débarque sur un texte ne connaît absolument rien à celui-ci. Et le travail de l'écrivain est de lui faire comprendre le fond de sa pensée.
      Donc mets toi à leur place quand tu écris.

      Petit exemple :

      Or, par l’entremise d’un coup de patte de lapin, la voilà qui s’assoit à côté de moi le premier jour à la fac alors que nos parcours étaient aux antipodes l’un de l’autre.


      Je te replace le contexte : le narrateur est à un arrêt de bus et parle de sa vie. tout d'un coup, il parlait de sa vie en primaire et aborde rapidement le lycée, pour parler après de la fac.

      Pourquoi cela pose problème ? Sache que le lecteur moyen ne lit que la moitié des mots que tu écris, ce qui fait que toi, également, tu ne lira pas mon message en entier, puisque tu prendra uniquement ce qui t'intéresse). Donc, en prenant cela en compte, il n'a pas vu "lycée", et il n'a pas continué jusqu'à "fac". Ce qui fait qu'il pense que cette fille s'assoit à côté de lui à l'arrêt de bus. Alors quand tu repart dans sa vie de lycéen, il est complètement perdu ! Cet aspect surgit à d'autres endroits dans ton texte, surtout à cause du problème suivant.

      Ce qui m'amène à aborder un autre point : l'étouffement des phrases. J'appelle cela comme ça, puisque tu colle toutes les phrases l'une à l'autre sans jamais paragrapher ^^ (oui, ce mot n'existe pas, et alors ?)
      Il te faut absolument aérer ton texte, mettre des points à la ligne et des paragraphes blancs entre chaque situation importante ! C'est vital pour éviter le pâté scriptural ;). Et surtout pour cette damnée compréhension du lecteur.

      Voilà, tu voulais des commentaires pour t'aider à progresser, j'espère que celui-ci te servira bien. Je n'ai pas abordé tout les points... surtout parce que j'ai déjà écrit ce message une fois en fait, mais que mon ordi a crashé, ce qui fait que j'ai dû tout recommencer... t'imagine ma rage à ce moment la, je me suis blessé le poignet en frappant sur mon bureau comme un sac (c'était l'instant inutile du jour, merci à vous).

      Si tu as besoin de précisions, n'hésite pas à me demander, je suis dans la même situation que toi puisque j'écris un roman, et j'aime aider ceux qui débutent comme moi dans le milieu :)

      Bye !
    • duboismarneus wrote:


      Ce qui implique donc d'abuser avec parcimonie des figures de style, d'inscrire une cohérence de la narration, et surtout, de se servir avec adresse de la ponctuation (cela forme un tout avec la grammaire, l'orthographe et la syntaxe).

      Ce n'est malheureusement pas le cas partout dans ton texte, et cela essouffle un peu la lecture :/

      Ma première remarque, c'est te pointer l'absence cruelle de conjonctions de coordination, systématiquement remplacées par des virgules dans le texte. Si ta volonté est d'installer une lourdeur de lecture, c'est gagné ^^ Mais la fluidité passe par un usage de ces éléments indispensables !



      Ah oui, c'est exact, je manque cruellement de recul je ne m'en n'étais pas aperçu alors que ça tombe sous le sens maintenant que tu le mets en avant.


      duboismarneus wrote:



      J'ai volontairement pris très long, puisque je veut souligner le nombre beaucoup trop important de pronom personnel sujet de la première personne du singulier (c'est long hein :P) ! En bleu-gras dans le texte. En soi, les "je" en milieu de phrase, quand ils ne sont pas redondants, ne dérangent pas. Mais là... y'en a un petit peu beaucoup :/
      L'utilisation habile des "je" et des "j'", en alterné, peu parfois altérer un peu cette sensation de répétition, mais cela se travaille ;).
      La solution qui s'impose ici est l'utilisation d'adverbes (cependant, apparemment, Malgré cela,...) et de conjonctions de coordinations (mais, ou, est, donc, or, ni , car). Si tu t'intéresse vraiment à ce que je t'aide sur ce point, je te ferrais un exemple, mais j'ai à peine le temps d'écrire ce message, là.



      Même chose en effet, sûrement une manifestation de mon égocentrisme, je ferai attention la prochaine fois


      duboismarneus wrote:



      l'étouffement des phrases. J'appelle cela comme ça, puisque tu colle toutes les phrases l'une à l'autre sans jamais paragrapher ^^ (oui, ce mot n'existe pas, et alors ?)
      Il te faut absolument aérer ton texte, mettre des points à la ligne et des paragraphes blancs entre chaque situation importante ! C'est vital pour éviter le pâté scriptural ;). Et surtout pour cette damnée compréhension du lecteur.



      J'avais conscience de ce défaut, il s'avère que ma ma démarche instinctive c'est -hop, le "je" est évité- ^^ la synthétisation, je ne sais pas étoffer. D'ailleurs cette troisième partie avait ce but initial, ralentir l'action et le débit d'idées, faire une "pause compréhension" (raté apparemment) xD. Il va me falloir un peu d'entrainement pour ça.

      duboismarneus wrote:



      Voilà, tu voulais des commentaires pour t'aider à progresser, j'espère que celui-ci te servira bien.


      Ah que oui, merci d'avoir pris le temps de me lire et de mettre en avant mes défaillances. J'ai fait un post-it avec ces règles qui sera collé (-j'avais mis "que JE collerai initialement....) sur mon frigo ou en face de mes chiottes.

      duboismarneus wrote:

      mon ordi a crashé, ce qui fait que j'ai dû tout recommencer... t'imagine ma rage à ce moment la, je me suis blessé le poignet en frappant sur mon bureau comme un sac (c'était l'instant inutile du jour, merci à vous).

      Si tu as besoin de précisions, n'hésite pas à me demander, je suis dans la même situation que toi puisque j'écris un roman, et j'aime aider ceux qui débutent comme moi dans le milieu :)

      Bye !


      Grosse VdM :D . J'ambitionne également d'écrire, mais je sais que mon phrasé n'est pas encore au point, merci une nouvelle fois donc.




      duboismarneus wrote:

      tu sais comment tu pense


      Tu penseS :P Basse vengeance de ma part, je suppose que suite à la recréation du post initial y'a pas eu relecture :rolleyes:

      Merci à kassydy pour le Kit :P
    • Tu penseS :P Basse vengeance de ma part, je suppose que suite à la recréation du post initial y'a pas eu relecture :rolleyes:


      Ne me tente pas Scapin ! Je peut être un Grammar Nazi très très soûlant :P Et en effet, après une réécriture complète, j'avais un peu les nerf. Mais tu sais, je ne relis jamais, j'ai pris l'habitude d'écrire parfaitement :D

      J'avais conscience de ce défaut, il s'avère que ma ma démarche instinctive c'est -hop, le "je" est évité- ^^ la synthétisation, je ne sais pas étoffer. D'ailleurs cette troisième partie avait ce but initial, ralentir l'action et le débit d'idées, faire une "pause compréhension" (raté apparemment) xD. Il va me falloir un peu d'entrainement pour ça.


      Ce n'est pas tant étoffer ; puisque si tu veut synthétiser, libre à toi ; mais bien : espacer. Tu peut réduire le texte, tout en mettant des espaces, et en séparant chaque changement d'action.

      Ah que oui, merci d'avoir pris le temps de me lire et de mettre en avant mes défaillances. J'ai fait un post-it avec ces règles qui sera collé (-j'avais mis "que JE collerai initialement....) sur mon frigo ou en face de mes chiottes.


      C'est bien ! Je te rédigerais une bible un de ces quatre ;)

      Bon, d'une manière ou d'une autre, le meilleur moyen de pallier à ses défauts, c'est tout simplement d'écrire. Encore et encore. Jusqu'à ce qu'un automatisme se mette en place (automatiquement d'ailleurs, ce qui me permet de faire une gradation rapprochée :P). C'est l'expérience qui parle, ça fait 5 ans que je suis sur mon projet, je l'ai tellement réécris que je pourrais faire une trilogie avec le papier gâché... mais je progresse bien !
    • Texte indépendant dont j'écrirai peut-être la suite un de ces jours.




      Le Lion et l’Antilope.



      Ce mardi était plutôt frais, ponctué d’un léger vent mais la bise pinçant les promeneurs était saine et franche, loin de l’insidieux crachin des jours précédents. La silhouette élancée tant attendue apparût enfin à l’angle de la rue, approchant à grandes enjambées pleines d’une détermination annonciatrice de quelques tumultes. Eden, 26 ans, musicienne de métier. Une tueuse, lancée toutes griffes dehors. Elle tourna la tête de gauche à droit et remarqua enfin le jeune homme objet de ce rendez-vous matinal Son regard dériva sur l’impudent qui avait eu l’audace de l’inviter pour le petit-déjeuner. Il attendait posément sur une petite table ronde au centre de la terrasse, un journal devant le nez. Arnaud -c’était ainsi qu’il s’appelait- abaissa sa lecture avec un petit sourire de satisfaction. Un brun de taille moyenne, aux yeux extraordinairement foncés, plutôt bien bâti.
      Alors qu’Eden est sur le point de tirer sa chaise il convient de rappeler comment se sont rencontrés nos deux jeunes protagonistes. La musicienne, en retard à un concert, roulait à une allure soutenue sans même y penser, toute sa concentration focalisée sur le concert qu’elle allait donner dans l’heure. C’est ainsi qu’elle manqua fortuitement une priorité à droite et percuta Arnaud, qui en débouchait. Eden sortit se son véhicule en pestant contre ces abominations à l’encontre de toutes les lois naturelles que sont les priorités à droite et expliqua de très mauvaise grâce à Arnaud qu’elle était attendue de toute urgence pour un concert en bord de Saône, vers Lyon, et que compte tenu du caractère minime des dégâts le constat pourrait attendre quelques heures. Surprise, le garçon victime de son empressement accepta et récupéra donc son numéro afin qu’ils règlent cette vilaine histoire ultérieurement, dans un moment un peu moins critique. Chacun s’en retourna sur son chemin, mais la providence ayant provoquée ce fâcheux accident devait les réunir à nouveau afin d’en terminer avec ce petit tracas.
      Arnaud, garçon très sympathique et compréhensif, plus amiable qu’un constat puisse l’être, proposa de fermer les yeux sur la balafre ornant son véhicule « du fait de l’action d’une femme au volant, circonstance atténuante » (ce fut ses paroles) contre une invitation à boire un verre. La conductrice en tort vit tout de suite son avantage et accepta avec empressement, la vie d’artiste est dure. Son talent ne lui permettant pas d’arrondir confortablement ses fins de mois.
      Revenons-en à la terrasse du café « Chez la Jeanne ». Eden s’assit et héla un serveur. Les deux commandèrent un café puis une discussion animée se lança entre les deux individus après les banalités d’usage.
      -Tu es sûr que je ne te dois rien pour ta voiture ? Je refuse de d’être redevable de quoi que ce soit. S’exclama une Eden, au caractère entier, ce à quoi répondit tranquillement son interlocuteur :
      « -Certain, ce n’est qu’un tas de ferraille sans valeur. Un avoir parmi tant d’autres, sans valeur particulière ».
      Cette désinvolture de façade, cette nonchalance agaçait sérieusement Eden qui détourna la conversation sur un autre sujet afin de calmer ses nerfs. Arnaud n’étant pas dépourvu d’un certain charme, elle aborda, sans subtilité, la question des amours.
      « -Tu es plutôt maître ou esclave en amour ?
      -Je ne donne jamais d’ordre et n’oblige jamais à rien.
      -Alors tu serais plutôt Antilope. Moi je suis plutôt un Lion.
      -Ce n’est pas absolu.
      -Bien sûr que si. As-tu déjà vu un lion devenir une Antilope ?
      -Non c’est vrai je te le concède, mais n’oublie pas que tout est ….relatif. Répondit-il avec un sourire bravache dans lequel se mêlaient résignation et agacement. Eden s’aperçut que ses yeux s’étaient éclairés d’une lueur soudaine de laquelle sourdait un tacite défi. Elle maudit ce garçon qui ne voulait pas rester à sa place, se faisant un devoir d’éteindre l’étincelle de rébellion luisant dans son regard. Comment faisait-il pour afficher autant de suffisance. Assurément, il la méprisait. Voilà qui n’est pas commun et qui change des asservis dociles, devenus peu à peu ses créatures.
      Arnaud modifia imperceptiblement sa posture et s’arrogea un peu plus d’espace en se penchant légèrement sur la table. Hors de question pour Eden de reculer, elle ne cède pas un pouce de terrain, et une lutte impitoyable s’engage autour d’une discussion de retour sur des terres épurées, humant l’eau de rose. Un paravent ridicule. La conversation dévia à nouveau sur une intense joute verbale lors de laquelle les deux rivalisèrent de mauvaise foi, après quoi un lourd silence s’installa. Arnaud était toujours calme et maître de lui, Eden en revanche perdait peu à peu son sang-froid et se ressaisit in extremis en affichant un air dédaigneux. Il en manquait peu qu’elle perde la partie à cause de son tempérament bouillant. La défaite n’est pas une option, elle n’a jamais perdu, et ce n’est pas ce blanc bec qui allait la faire descendre de son piédestal. Quoiqu’il en soit cet homme qui refuse de se ranger à sa place l’intrigue. Arnaud, quant à lui s’amusait de plus en plus. Il savait qu’il la poussait dans ses retranchements. C’est un garçon intelligent et calculateur qui a rapidement su rentrer dans le jeu imposé par son vis-à-vis, surtout dans la mesure où cette imprudente jouait la transparence en annonçant immédiatement la couleur. Il n’éprouve pas de haine à son égard et cette « chasse » commence à l’émoustiller. Garder son calme, il doit résolument garder son calme. Il se morigéna intérieurement quand un regard appuyé de sa part faillit le trahir et retrouva immédiatement le contrôle de ses yeux perçant en regardant dans le vide sans rien exprimer.
      Eden régla l’addition - combat qu’il lui concéda comme des miettes que l’on balance à un pigeon- et mit fin à leur entretien, il était temps pour elle d’aller travailler et c’est avec soulagement qu’elle quitta la table et lui fit une bise d’au revoir. Elle détestait cet homme, mais impossible de trouver une raison viable à cette colère viscérale qui l’étreint. Ils se quittent sur un semblant de match nul sans promesse de se recontacter.

      Merci à kassydy pour le Kit :P

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    • Profitons de l'intervalle entre les concours :D

      En tout cas je suis content de voir que la section reprend du poil de la bête, espérons que ça sera durable.

      Le mécanicien



      Le corps glissa lentement contre le mur. Tout s’est passé si vite, dans le feu de l’action personne n’a réagi ; l’instant suivant, c’est la panique, la diaspora : la rue n’était plus que cris et cavalcades. Eric ne put s’empêcher de contempler le conglomérat de chairs vides au sol. Stoïque, et même d’un calme olympien, il écrasa le téléphone de la morte. Son sang maculait la neige et s’immisçait à l’intérieur avec une indiscrétion sans borne. Le contraste entre l’albâtre et le vermeil était odieux, une insulte à la nature. Ce ruisseau salissant les premiers flocons de l’hiver était une aberration. L’assassin déplaça le corps, le déposant sur la route, salée et déneigée par le passage des véhicules. La dépouille était lourde, d’une lourdeur confinant au grotesque, la scène devait paraître si pitoyable.
      Voilà, désormais le cadavre de la victime salissait le goudron. Ou le goudron salissait le corps de la victime. Tout est question de perspective après tout. Eric entendait les premières sirènes résonner, déchirant l’atmosphère ouatée, il se dépêcha de remettre de la neige fraiche sur le sang qui tachait si ignominieusement les flocons, l’instant d’après il était tenu en joue.
      Il semble utile de rappeler les faits qui conduisirent l’homme à cette délicate posture.
      La première neige de l’hiver était tombée sur la ville sans prévenir, avec une indécence inqualifiable, une impolitesse extrême. Tout le monde se hâtait de rentrer en ce vendredi soir, accomplissement bienvenu d’une dure semaine de labeur. Par un concours de circonstances des plus fortuits qu’il serait tout à fait inutile de raconter, deux silhouettes entrèrent en collision par un malencontreux coup du sort. L’une d’entre elle envoyait un SMS avec son téléphone dernière génération. L’autre était plongée dans des réflexions si profondes qu’elle ne constata que trop tard la présence de son vis-à-vis. Il s’agissait d’Eric, qui ouvrait déjà la bouche pour s’excuser, mais fut devancé par l’autre passant.
      -Zindav ‘, mon téléphone est cassé, la vie d’ma mère j’vais te buter ta race.
      -Mademoiselle soyez raisonnable, laissez votre mère où elle est, je ne suis pas sûr qu’un téléphone vaille une vie, où à la limite celle de votre mère. Répondit Eric sans hausser la voix.
      Ici s’arrête les brèves paroles qu’ils échangèrent. La réponse de son interlocutrice, d’une fleuraison lamentable ne sera pas détaillée, par défaut de richesse et d’intérêt.
      Eric, toujours avec une froideur roide et le détachement qui le caractérise la saisit, la souleva des deux mains et l’étrangla contre le mur le plus proche. L’effrontée rua, se cambra, émit des gémissements puis expira brusquement. Personne n’avait réagi, la foule hébétée avait assisté à la scène comme dans un rêve. Puis la panique.
      -En effet, tu n’avais pas beaucoup plus de valeur que cet objet. Conclut Eric qui se livrait sans résistance aux agents des forces de l’ordre.


      C’est ici que notre cas se complique, devant la bonne volonté de l’inculpé qui obtempéra sans fioritures durant toute la procédure. Voici les propos qui s’échangèrent officieusement suite au procès-verbal d’audition de l’homme, relatés directement par Louise Bergeot, l’officier de police judiciaire qui se chargea de cette phase de l’enquête.
      -Vous n’auriez pas un café ? Demanda Eric du même ton qu’il aurait pu prendre pour formuler sa demande à un ami.
      -Si, et si l’odeur du tabac ne vous incommode pas j’aimerais fumer à l’intérieur. Il fait trop froid pour mes vieux os au dehors.
      -Du tout. Vous voulez du feu ?
      -J’ai, merci. Un sucre ?
      - Sans, je n’aime pas édulcorer. De toute façon je viens de penser que mes poches sont vides on m’a pris tous mes effets lors de ma mise en garde à vue.
      Un silence de satisfaction mutuelle s’installa. Louise tira sur sa cigarette et le rompit sans se départir de son calme.
      -Je ne comprends pas. Pourquoi. Pourquoi. Vous êtes l’individu de loin le plus agréable, honnête, sympathique que je n’ai jamais auditionné. Un homme plein de culture et d’une vive intelligence, et pourtant qui a commis l’irréparable. Quel immense gâchis, c’est à devenir folle. Qu’est ce qui a pu se passer dans votre tête. Etes-vous inconscient ? Non ce n’est pas possible. Il y a quelque chose d’anormal. J’ai vingt ans de métier derrière moi, ceux qui ont usé la chaise sur laquelle vous êtes assis étaient tous plus ou moins en perdition. Des individus oubliés, laissés sur le côté par la force des choses. Que vient faire ici un homme parfaitement inséré dans notre société, droit dans ses baskets et que rien ne distinguait des autres ? Vous avez pourtant confirmé il y a quelques minutes lors de votre audition la maîtrise de votre discernement et de vos capacités durant l’acte. Un type aussi malin que vous aurait mesuré ses pertes avant d’agir, c’est impossible, il faudrait être inconscient.
      -Ne vous tourmentez pas pour moi petite mère. Fou à lier, selon vos préceptes je le suis indéniablement, encore que de mon point de vue cela soit discutable, j’ai toujours trouvé mes comparses infiniment plus cinglés que moi.
      Il but une gorgée.
      -Un jour je me suis aperçu que rien n’a de sens voilà tout. On pense tout contrôler, que tout filera droit, et puis là contre toute attente quelque chose qui n’aurait pas dû arriver a lieu. Et puis plus tard on se rend compte que rien n’aurait pu l’éviter. On revoit tout dans notre tête, on s’imagine ce qui se serait passé si telle personne avait été à telle endroit, si telle phrase avait été prononcée à la place d’une autre et enfin un jour on constate que la liberté n’existe pas. Oui, après des tas de simulations et de reconstructions virtuelles des évènements on se rend compte de l’inutilité de la démarche. La création est un spectacle géant de marionnettiste dont nous sommes les pantins. Là où vous voyez du libre arbitre, je ne vois que des causes et des conséquences, des fils invisibles formant une toile gigantesque à la complexité infinie. -Une lueur éclata dans ses yeux. – Je crois ceci et je le refuse. Je veux mon libre arbitre. Pour ce faire il faut que je me détache de tous les fils qui me lient au monde, mais comment faire table rase de ceci. Les liens qui nous entravent sont intemporels, ils sont notre passé, notre présent, notre futur. La vérité, c’est que j’essaie de détruire les fils autour de moi. Je dois échapper à la comédie humaine. Le spectacle se jouera sans mon humble personne.
      -Je crois que je comprends. Mais ce que vous dite est impossible, il vous faudrait tout renier. Le matérialisme, les autres, la société, l’humanité, la création elle-même. Comment est-il possible de refuser de vouloir faire partie de la création ? C’est inconcevable, sans elle personne n’existerait. C’est en son sein que tout prend sens.
      -Tout à fait. Je suis stupéfié par votre intelligence. Voilà mon malheur, que vous venez de pointer du doigt. Je suis ligoté, empêtré dans ma compréhension d’humain, limité dans cette enveloppe. Il me faut voir plus loin. En me créant on m’a enfermé dans un univers tridimensionnel.
      -Mais, si vous poussez votre logique jusqu’au bout, au terme du chemin se trouve votre mort.
      -En effet, c’est ma porte de sortie, mais je ne crois pas à la mort de l’esprit. Il doit y avoir autre chose. D’ailleurs il y a longtemps que je marche dans cette direction. Tout est en place. Je sortirai de la création et libérerai un maximum de mes semblables. D’ailleurs, l’individu puant et matérialiste dont j’ai eu si pitié que je l’ai délivré immédiatement était la dix-neuvième personne que j’ai déconstruite.
      Ses yeux n’étaient que fournaise en prononçant cette dernière phrase. Louise devint pâle. Il reprit.
      -Je ne crois pas en la pérennité de cette création de toute façon. A ce propos. Connaissez-vous la fameuse phrase de Lavoisier, « rien de ne perd, rien ne se crée, tout se transforme » ? Une phrase qui m’a donné matière à penser. Lavoisier à raison, j’en suis intimement convaincu. Or admettons que j’assassine quelqu’un. Son corps ne se perdra pas, il se transformera en décomposition au fur et à mesure que la nature reprendra ses droits, mais qu’en est-il de son esprit ? Rien ne se perd, donc son esprit quittera sa prison et deviendra autre chose, et en se faisant il échappera à la création et à son absurdité, son non-sens.
      Le visage de Louise avait perdu toute couleur.
      -Qu’avez-vous fait de vous-même.
      -Tout n’est que Cause et Conséquence. Je n’ai rien fait de moi-même. Quelque chose ou quelqu’un a fait de moi-même. Et il a fait de moi-même un garagiste, qui clé à la main, à la capacité d’influer sur la mécanique.

      Merci à kassydy pour le Kit :P
    • Merci

      Doit y'avoir autre chose


      -Prête ?
      -Je peux craquer l’allumette ?
      -Laisse-moi la partie de gauche, j’ai toujours détesté la cuisine.
      -Buvons vite le champagne tant qu’il est frais, l’air va se réchauffer.
      -A la tienne chérie.

      Le lendemain matin, sur les cendres fumantes de la bâtisse 55 allée du pré fleuri, quartier ordinairement calme, un attroupement se formait à mesure que les esprits se désembrumaient.
      Jusqu’ici rien n’avait jamais distingué ce lieu caractérisé par la pesanteur d’habitants qui laissent la vie couler avec langueur. Un curieux évènement venait de survenir, là où hier était érigée une petite maisonnette des plus banales se dressaient désormais un amas noircis de décombres fumants. Les pompiers étaient arrivés trop tard, le feu ayant pris instantanément, rien ne laissaient présager ce malheur. Par la suite, la surprise teintée de tristesse fera place à l’incompréhension. Aucun corps ne sera retrouvé, par ailleurs les enquêteurs décelèrent immédiatement la volonté incendiaire. Les investigations révèleront la présence d’essence en grande quantité sur le sol, les lignes électriques ont été sabotées pour empêcher les voisins les plus proches d’appeler les secours. Les occupants de la maison ne seront jamais retrouvés malgré les avis de recherche émis. Leur téléphone a probablement été détruit dans le brasier, leur carte bancaire n’a jamais resservi.
      A vrai dire, personne ne connaissait vraiment les habitants du 55 allée du pré fleuri. Le couple, un homme et une femme d’environ la quarantaine était arrivé il y a peu mais aucun d’entre eux n’avait essayé de nouer contact avec les voisins. Aucun nom ne figurait sur leur boite aux lettres. De toute façon ils ne recevaient jamais de courrier, ne décrochaient pas le téléphone et ne recevaient jamais personne. Autarciques.
      Oui, autarcique, le mot qu’aurait utilisé leurs voisins pour les qualifier s’ils le connaissaient. En vérité, personne ne savaient rien d’eux. Ils étaient arrivées il y a environ deux mois et ne troublaient personne, cela suffisait.
      Mais le mystère ne s’arrête pas là. Le couple avait acheté la maison sous une fausse identité. Aucun objet personnel n’a été retrouvé qui aurait pu permettre de les identifier. Pas de photo, pas de journal, pas de manuscrits, véhicule introuvable. Tout a été méthodiquement détruit. Les deux s’étaient évanouis dans la nature.

      -Pas de regret ?
      -T’es con.
      -Tu crois que tout détruire était réellement nécessaire ? J’ai toujours eu horreur du gaspillage.
      -Il le fallait. Ça m’a fait un bien fou personnellement. J’ai horreur des demi-mesures, ça m’aurait laissé un goût d’inachevé en bouche. Et puis, toutes ces flammes, c’était joli non ? Une sorte de bouquet final pour marquer le coup. Non, je ne regrette rien.
      -On arrive dans quelques minutes. Il doit rester juste le carburant nécessaire pour en finir avec cette épave.
      -Oh non. Y’a plus de champagne.
      -T’es conne, j’ai une topette dans la boite à gants
      -L’homme de la situation

      Il me faut maintenant éclaircir la situation par souci de compréhension. « L’enfer c’est les autres » avait écrit Jean-Paul Sartre. Voilà qui retrace l’intime conviction qu’avait toujours eu nos deux personnages en quête d’anonymat. Quel est ce monde dans lequel tout est lié et inextricablement emmêlé ? Quel est ce paradis dans lequel nous sommes exposés à environ 500 000 publicités par an contre le droit de vivre normalement. Pourquoi nos demandes sont-elles créées de toute pièce par les offres et non pas par soi-même. Pourquoi accepter de vivre la dictature du plus grand nombre. Et quand bien même cela ne serait le cas, pourquoi accepter la dictature d’un petit nombre. Pourquoi tout rendre public à travers les réseaux et autres chiffons propagés par la presse ? Pourquoi toujours plus d’égoïsme et d’égocentrisme ? Pourquoi la stigmatisation de l’individualisme et de la différence dans l’ère où tout doit devenir public et transparent. Pourquoi sécuritaire rime avec mortifère.
      Pourquoi le besoin de contrôle. Il y aurait quelque chose à conserver? Nos héros leur laisse ça de bon cœur. Ils le refusent, ils n’en veulent pas. Qu’ils le gardent, ce quelque chose à conserver, et avec leur mépris.
      La voiture terminait de brûler, les deux âmes solitaires se tenaient côte à côte à l’entrée de la forêt, un important paquetage sur le dos.

      -La cabane est loin d’ici ?
      -Très loin.
      -Tu as pensé à la clé ?
      -Y’en n’a pas.
      -Et si quelqu’un nous retrouve ?
      -On pourra partir plus loin
      -Où ça ? Notre Terre, maudite soit-elle, n’est pas plate et infinie. Elle est circulaire. Lorsque l’on va trop loin on finit par retomber sur nos pas. Est-il seulement possible d’avancer sur une sphère, sachant que par essence même plus on avance plus on risque de revenir en arrière par l’avant.
      -Doit y’avoir autre chose.
      -Si ça nous permet de leur échapper, je suis prête à prendre le risque de tenter cet autre chose.
      -Il paraît que cet autre chose, lui, est infini.

      L'homme et la femme s'engagèrent sur le sentier escarpé qui sinuait entre les arbres, en harmonie avec ce qui les entourait. Se fondant sans accroc dans le paysage, libres de toute entrave et du décorum. Ayant décidé de ne plus rien infléchir et de laisser survenir tout ce qui devait arriver par la suite, animés de la ferme intention d'occuper la place qui leur était dévolue, ni plus ni moins.

      Merci à kassydy pour le Kit :P

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